L’illusion d’un Internet « libre » par Jonathan Crary

Dans son dernier essai, L’écorchement du monde – Pour en finir avec l’ère numérique : vers un monde post-capitaliste (Presses du réel, 2025), Jonathan Crary, professeur d’histoire de l’art et d’esthétique à l’Université Columbia de New York, s’attaque de front à l’optimisme béat entourant les technologies numériques. Loin de tisser des liens, analyse-t-il, l’ère de la connectivité les dissout méthodiquement. Après son ouvrage 24/7, où il dénonçait l’idéal capitaliste d’une vie sans pause, Crary approfondit sa critique. Il décrit un capitalisme en crise généralisée, qui s’appuie sur le numérique pour prolonger son emprise, tout en précipitant la catastrophe écologique. Dans la première partie de l’essai – dont nous publions ici un extrait -, il défend que les outils et les usages numériques sont intrinsèquement incompatibles avec toute perspective post-capitaliste ou éco-socialiste. Internet et les réseaux sociaux, loin d’être des espaces de partage, fonctionnent comme des dispositifs d’isolement, de dépolitisation et d’assujettissement, le tout sous couvert de promesses de liberté et d’égalité. Ce texte radical, qui défend la non-neutralité des techniques, invite à dépasser l’illusion d’un Internet « libre » ou l’horizon de prétendus « biens communs numériques » [ mais ]